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Document du mois d'octobre 2026
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A l'occasion des commémorations du trentième anniversaire de la béatification de Catherine Jarrige, déclarée par le pape Jean-Paul II le 24 novembre 1996, les Archives départementales ont décidé de vous présenter un document retraçant un épisode de sa vie sous la Révolution. Catherine Jarrige, plus connue sous la dénomination populaire de Catinon Menette, est née le 4 octobre 1754 à Doumis, paroisse de Chalvignac. Nous ne reviendrons pas ici en détail sur l'histoire de sa vie, déjà bien documentée par ailleurs1, pour nous concentrer sur les circonstances de son arrestation en thermidor an II (août 1794). Nous sommes à la fin de la période dite de « la Terreur » qui s'achève avec l'exécution de Robespierre le 9 thermidor an II. Depuis le printemps 1793, pour faire face aux différentes crises qui touchent la France – troubles religieux, insurrection vendéenne et guerres extérieures – le gouvernement révolutionnaire met en place un état d'exception. Maximilien de Robespierre affirme : « Le ressort du Gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur ; la vertu, sans laquelle la terreur est funeste, la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante ». Les ennemis, ou prétendus tels, de la Révolution sont pourchassés. La « loi des suspects » adoptée le 17 septembre 1793 autorise l'arrestation des contre-révolutionnaires avérés comme des simples suspects.
Concernant Catherine Jarrige, tout commence par l'interpellation d'Antoine Maury, tailleur d'habits à Mauriac le 11 thermidor an II. Ce dernier est surveillé de près par les autorités depuis plusieurs semaines, le comité de surveillance de Mauriac « considérant que ledit Antoine Maury n'a cessé de donner des preuves d'aristocratie et de fanatisme, qu'il a cherché à avilir les autorités constituées, qu'il a été un des principaux chefs des fanatiques de cette commune, qu'il n'a cessé de soutenir et de favoriser les prêtres réfractaires ». Il a ainsi déjà été condamné en germinal an II à huit jours de prison pour « causes d'invectives prononcées et réitérées » à l'encontre d'un officier public. De même, il est accusé d'avoir troublé la fête de l'Etre suprême le 22 prairial an II. Le 11 thermidor, la municipalité de Mauriac réquisitionne la garde nationale pour perquisitionner la maison dudit Maury et « découvrir s'il n'y avait point quelques malveillants et ennemys de la République ». Ils y trouvent une cache susceptible de pouvoir abriter et loger deux hommes. Antoine Maury est aussitôt arrêté, suspecté d'avoir caché des prêtres réfractaires. Pour les membres du comité de surveillance « tout indique qu'il en a caché quelques-uns dans le cabinet secret qu'on a trouvé chez lui et qui rodent encore autour de nos foyers, parce qu'ils sont favorisés par une horde de femmes fanatiques qui leur porte des vivres dans leur repaires cachés […] Françoise Maury, sœur dudit Antoine paraît être sa complice avec la nommée Catherine Jarrige ». Cette dernière est arrêtée à son tour par la garde nationale le 13 thermidor à 3 heures du matin sur la promenade publique de Mauriac « mouillée jusqu'à la peau dans un état qui attestait qu'elle venait de loin ». Les gardes nationaux rédigent un procès-verbal : « Sur ses réponses et refus de déclarer d'où elle venait, l'ayant reconnu suspecte […] après l'avoir fouillé, ils ont trouvé des reliquaires […] ayant en effet reconnu pour la menette Catherine Jarrige fille dévote ». Elle comparait le jour même devant le comité de surveillance : « Interrogée par le Président du Comité d'où elle venait à cette heure-là… a répondu qu'elle venait de la promenade […] Elle a répondu qu'elle sortait souvent pour la nuit pour aller voir des malades ou autres personnes. Interrogée qu'elles étaient ces personnes … a répondu qu'elle n'en avait pas conservé la mémoire ». Deux commissaires sont envoyés fouiller chez elle, mais ne trouvent rien d'autre « qu'une petite boite ronde de carton qui paraissait avoir servi à colporter le dieu des papistes », autrement dit l'hostie pour la communion.
Antoine Maury, sa sœur Françoise et Catherine Jarrige sont alors dénoncés par le conseil du district de Mauriac à Jean-Baptiste Coffinhal, accusateur public près le tribunal criminel du département. Ce dernier émet un acte d'accusation en date du 15 fructidor an II. En conséquence, les trois accusés sont transférés à la maison de justice du tribunal criminel à Aurillac dans l'attente de leur jugement. Ils sont jugés dès le 17 fructidor. Le principal élément de l'accusation est la cachette découverte chez Antoine Maury « faite dans un mur de séparation de cette maison avec la maison voisine, laquelle était assez spacieuse pour y loger au moins deux hommes, et avait deux issues […] de telle manière que lorsqu'on ferait perquisition des ennemis publics dans une des maisons, ils pouvaient s'évader par l'autre maison ». Maison du tailleur Lesmonie dans laquelle furent trouvés « plusieurs effets à usage des prêtres […] preuve certaine que cette cache servait à receler des prêtres réfractaires ». Catherine Jarrige et sa sœur Françoise sont accusées de l'avoir assisté dans cette entreprise. L'accusateur public les dépeint comme « des ennemis de la Révolution, de la Liberté et de l'Egalité et de la République ». Après lecture de l'acte d'accusation, les témoins de l'accusation et de la défense sont de nouveau interrogés en audience publique ce 17 fructidor : « ouïs, débattus et contredits ayant préalablement prêté serment de dire vérité, toute la vérité et rien que la vérité, de parler sans haine et sans crainte […] ouy Vergnol défenseur officieux desdits Antoine Maury, Françoise Maury et Catherine Jarrige accusés. Le tribunal déclare 1° qu'il n'est pas constant que lesdits Antoine Maury, Françoise Maury et Catherine Jarrige aient recelés des prêtres réfractaires. 2° qu'il n'est pas non plus constant Antoine Maury, Françoise Maury et Catherine Jarrige aient fournis à des prêtres réfractaires des subsistances et d'autres secours. En conséquence le tribunal acquitte lesdits Antoine et Françoise Maury, frère et sœur et Catherine Jarrige de l'accusation formée contre eux à a requête de l'accusateur public et ordonne qu'ils seront sur le champ mis en liberté ».
Le tribunal criminel du Cantal fait montre de son impartialité, contrastant avec l'image d'une justice révolutionnaire que la postérité a généralement retenue, celle de la guillotine et des tribunaux révolutionnaires, à la fois arbitraire et expéditive, particulièrement à l'encontre des ennemis de la Révolution. Au plus proche des idéaux de justice et d'égalité devant la loi qui animaient les révolutionnaires, malgré de forts soupçons et un réquisitoire accablant, faute de preuves suffisantes, la cour acquitte les trois accusés.
Cotes ADC : L 1651 (dossier de procédure) et L 2024 (jugement du tribunal criminel)
Texte rédigé par Nicolas Laparra.
- Localisation des originaux
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Cotes ADC : L 1651 (dossier de procédure) et L 2024 (jugement du tribunal criminel)
- Commentaire
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1) Bienheureuse Catherine Jarrige (Catinon Menette, 1754-1836), supplément à "La Vie diocésaine de Saint-Flour", 1997 (cote ADC : 8 BIB 1847-7)
- Mots-clés lieu
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- Mauriac (Cantal, France)
- Doumis (Chalvignac, Cantal, France)
- Mots-clés matière
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- Mots-clés personne
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