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Document des mois de septembre 2026
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Le registre des actes de mariages de Chaudes-Aigues contient un acte des plus singuliers. Il célèbre un mariage arrangé entre un ancien militaire et une jeune fille, tous deux habitants de la commune. L'acte débute ainsi par cet inhabituel avant-propos : « Le vingt-deux avril mil huit cents dix jour fixé par le décret de sa majesté l'empereur et Roy du vingt-cinq mars dernier pour la célébration du mariage d'un militaire retiré, ayant au moins une campagne, avec une fille vertueuse de la commune, dans chaque canton de justice de paix… ». De fait, le 22 avril 1810, Jean Ruon, militaire retiré à Chaudes-Aigues, âgé de 39 ans, épouse Marie Gaillard, jeune demoiselle de 26 ans, fille d'un marchand de la ville. La suite de l'acte confirme qu'il ne s'agit pas d'une simple union mais bien d'un mariage organisé par les autorités : « Lesd. Jean Ruon et Marie Gaillard ayant été choisis par lad. commission nommée par M. le sous-préfet de l'arrondissement de St Flour, suivant le procès-verbal dressé par la commission le seize du présent mois d'avril, en exécution du décret rendu par sa majesté le vingt-cinq mars dernier, pour être mariés, et lad. Gaillard être dotée de la part de sa majesté l'empereur et Roy d'une somme de six cents francs ».
Après avoir survécu à une tentative d'assassinat en octobre 1809, Napoléon réalise que sa mort laisserait son empire sans héritier. Il décide alors de se séparer de l'impératrice Joséphine avec laquelle il n'a pu avoir d'enfant. Depuis la Révolution française, le divorce est désormais possible, et le code civil de 1804 y a ajouté la notion de consentement mutuel. Aussi l'impératrice reconnaît officiellement son incapacité à avoir des enfants tandis que l'empereur évoque « un sacrifice pour le bien de la France ». Le mariage civil est dissout le 16 décembre 1809. Napoléon trouve rapidement une nouvelle épouse en la personne de l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche. Mais l'opinion publique est hostile à ce nouveau mariage avec une nièce de la très impopulaire Marie-Antoinette, feue reine de France, guillotinée en 1793. Souhaitant tout de même associer le peuple à son bonheur, l'empereur publie un décret en date du 25 mars 1810, « contenant des actes de bienfaisance et d'indulgence ». Il permet notamment la libération de détenus ainsi qu'une amnistie à l'encontre des déserteurs.
Le titre IV de ce décret, « Du mariage de six mille militaires », prévoit également que « six mille militaires en retraite, ayant fait au moins une campagne, seront mariés le 22 avril prochain, avec des filles de leurs communes, auxquelles il sera accordé une dot de douze cents francs pour Paris, de six cents francs dans le reste de l'Empire ». On prévoit alors 60 mariages à Paris, 10, 5 ou 2 dans les principales villes de l'empire en fonction de leur taille, et enfin un mariage dans chacune des justices de paix. Pour les justices de paix, comme ici celle de Chaudes-Aigues, « les militaires et les filles à marier seront choisis […] par une commission composée de deux maires et de deux curés désignés par le sous-préfet, et du juge de paix, qui présidera la commission et la réunira à son domicile ». A l'image du mariage entre Napoléon et Marie-Louise d'Autriche, il s'agit bien d'unions arrangées où l'amour n'a pas sa place.
Qui plus est, les mariages doivent avoir lieu le dimanche 22 avril 1810 ou dans les jours suivants. Il faut donc faire vite pour nommer cette commission et trouver les futurs époux. À Chaudes-Aigues, les délais sont tenus. La commission se réunit le 16 avril sous la présidence de Jean Séverac, juge de paix du canton en présence de son greffier Guillaume Colrat, de M. Auzolles, curé de Chaudes-Aigues, de M. Mallet, curé de Jabrun, et de M. Rougier, maire de la ville. M. Biron, maire de Lieutadès est excusé. C'est M. Rougier qui propose à la commission le nom de Jean Ruon, entré au service de l'armée le 8 germinal an VIII et ayant accompli pas moins de neuf campagnes. Il propose de même pour épouse Marie Gaillard, sœur de Pierre Gaillard, militaire en activité, laquelle « jouit à juste titre de la réputation de fille vertueuse ». Les autres membres de la commission adoptent la proposition du maire Rougier. « Lesd. Ruon et Gaillard ayant répondu affirmativement et témoigné leur reconnaissance du bienfait accordé par sa majesté l'empereur et Roy aux militaires. Lad. Commission les a unanimement choisis pour être unis en mariage le vingt-deux du présent mois ». Un contrat de mariage est enregistré par maître Rougier le 19 avril.
Malgré ces délais très contraints la plupart des mariages de l'arrondissement de Saint-Flour sont célébrés à la date prévue. Un petit dossier relatif à ces mariages de militaires a été conservé par les Archives du Cantal. On y apprend que pour l'arrondissement de Saint-Flour, 5 mariages sont ainsi célébrés les 22 et 23 avril 1810 à Saint-Flour, Talizat, Chaudes-Aigues, Pierrefort et Ruynes-en-Margeride. Toutefois le conseil municipal de Saint-Flour regrette « de s'être trouvé dans l'impossibilité d'effectuer un second mariage ». Quant au canton de Massiac, le mariage prévu entre Guillaume Moureyre, de Saint-Mary-le-Plain, et Christine Chalier, de Massiac est annulé puisqu'il « s'est élevé des difficultés sur les conclusions de ce mariage ». C'est finalement François Chambon, militaire retiré à Auriac-l'Église qui épouse ladite Chalier au mois de mai 1810. Au total, il y eut 24 mariages de ce type célébrés dans le département. Faute d'avoir pu trouver un militaire remplissant les conditions, seul le canton de Saint-Flour sud semble faire exception.
Lors de ces noces, Napoléon tient à ce que chaque canton soit le cadre de cérémonies qui reproduisent les festivités de la capitale, chaque département devant vivre au même rythme et dans la même ambiance que Paris, selon la tradition inaugurée par les fêtes révolutionnaires. Un procès-verbal dressé le 22 avril par le juge de paix Séverac et par le maire et adjoints de Chaudes-Aigues constate « la pompe mis dans la célébration de ce mariage à l'occasion de celui de leurs majestés impériales et royales ». Pour l'historienne Natalie Petiteau : « bien plus que de la bienfaisance, les mariages de 1810 ont pour but de symboliser la pérennité de l'Empire, finalité de cette union impériale si peu populaire ».
- Localisation des originaux
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Cotes ADC : 2 E 45/10, 2 R 275 et 4 U 5/2
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1) https://www.archives.cantal.fr/ark:16075/1ebaa28a8eae610cbd560050568bb1e3.fiche=arko_fiche_5fc4d802ae85e.moteur=arko_default_5f8ef8b61e0d4
2) Cote ADC : 2 R 275
3) Les mariés de l'an 1810 en Vaucluse : mannes impériales et réalités sociales par Natalie Petiteau dans Provence historique, t. 49, 1999.
- Mots-clés lieu
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- Chaudes-Aigues (Cantal, France)
- Jabrun (Cantal, France)
- Saint-Flour (Cantal, France)
- Talizat (Cantal, France)
- Pierrefort (Cantal, France)
- Ruynes-en-Margeride (Cantal, France)
- Saint-Mary-le-Plain (Cantal, France)
- Massiac (Cantal, France)
- Mots-clés matière
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- Mots-clés personne
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